Les Récompenses

Article de J.C Barrey

La notion de récompense existe-t-elle chez le cheval ?

La récompense n’existe pas chez le cheval en temps que « notion » : il est sensible à ce que nous appelons « récompense », car cela correspond chez lui à des mécanismes physiologiques à effet positif.


Il faut d’abord comprendre comment le cheval peut agir : Il possède dans son système  nerveux de nombreux réseaux de cellules nerveuse qui contrôlent chacun un  comportement déterminé.
Chez le cheval, ces fonctions vitales se répartissent, par ordre de tensions nerveuse  décroissantes, donc de priorité d’apparition, en :
Fonctions de SAUVEGARDE (alerte, agression, fuite,..)
Fonctions de RELATIONS (sociales, sexuelles, parentales,…)
Fonctions de SUBSISTANCE (manger, boire, s’abriter,…)
Fonctions de RECUPERATION (repos, sommeil,…)

Lorsqu’une « sensation » d’origine interne (il éprouve de la faim, du froid, de la fatigue, etc.) ou externe (quelqu’un ou quelque chose bouge à coté d lui, son cavalier s’agite, etc.) vient perturber l’équilibre comportemental du cheval, il se produit instantanément dans sa tête une exploration stratégique de ses fonctions , en commençant par en bas, par celles entraînant le moins de tension nerveuse, jusqu’à ce qu’il y trouve le « programme nerveux » lui permettant de rétablir sa cohérence interne (annuler la sensation de faim en mangeant…) et celle avec son milieu (se mettre à l’abri du vent…).

Le cheval, chez qui l’émotivité est dominante, parce que son cerveau ne contient pas, comme celui de l’homme, les zones permettant la réflexion logique, choisira le comportement le mieux adapté au problème posé, mais de son point de vue, c’est à dire le comportement qui lui permettra d’abaisser sa tension nerveuse (même si de notre point de vue à nous ce comportement n’est pas logique). Si le comportement qu’il adopte réussit bien, c’est à dire si il diminue effectivement son niveau de stress, il déclenchera dans son système nerveux, l’activité d’un circuit spécial qu’on appel « circuit de la récompense », qui lui procure une sensation agréable, un plaisir. Ce comportement sera mis en mémoire comme « ayant donné des bons résultats » et, dans des circonstances semblables, il sera réutilisé en priorité.

Si aucune raison ne nécessite la mise en route d’une des quatre fonctions, il existe d’autres voies nerveuses capables de les déclencher à vide, sans qu’il y en ait besoin, simplement pour le plaisir de les faire fonctionner, exactement comme nous éprouvons du plaisir à exercer sans nécessité une activité qu’on maîtrise bien, comme jouer de la musique, faire du sport, ou monter à cheval…
On dit alors que l’animal fonctionne en « CHAMP DETENDU » et le grand intérêt de cet étage est de permettre à l’animal d’évacuer le trop plein de tension nerveuse qui est dû au fait que les quatre fonctions que nous avons vu ci-dessus n’ont pas eu l’occasion de fonctionner suffisamment.

Ce que nous appelons « récompense » sera donc un moyen quelconque d’abaisser la tension nerveuse. C’est tout d’abord le seul fait de faire fonctionner un des programmes que nous venons de voir. On appelle cela la « jouissance fonctionnelle », et, en liberté, le cheval n’a pas besoin de nous pour ressentir cette récompense : tout ce qu’il fait et qui « marche bien » active ses « circuits de la récompense » et lui procure une sensation agréable, exactement comme vous, lorsque vous dites « je suis bien content, j’ai réussi à terminer mon travail plus vite que prévu ! ».
La récompense est d’autant plus forte que la tension nerveuse s’abaisse plus. Comme la tension diminue avec l’ordre des comportements, la plus forte sera procurée par une « mise en sécurité » , viennent ensuite les « relations sociales » avec les autres chevaux (c’est pourquoi ils n’aiment pas se séparer) ou avec l’homme (par exemple, les récompenses par la voix ou les caresses), puis les récompenses alimentaires (donner la ration ou mettre à l’herbe), et enfin la mise au repos.

Il peut aussi arriver que le cheval soit « en champ détendu « , c’est-à-dire qu’il n’éprouve aucun besoin urgent. S’il lui arrive alors quelque chose d’agréable, il associera immédiatement ce qui lui arrive avec ce qu’il était en train de faire, et fera de nouveau cette action quand il aura envie de la même chose agréable. Par exemple, dans le pré, il vous rencontre et vous lui donnez un sucre. Une autre fois, s’il a
envie d’un sucre, il cherchera à vous rencontrer. C’est ce que les psychologues appellent un « conditionnement ». Cela contribue a créer entre vous et lui une bonne relation.
C’est aussi souvent un procédé employé pour le dressage des animaux de cirque. A coup de friandises, vous pouvez très rapidement apprendre à un cheval un mouvement quelconque, par exemple faire une jambette ou se mettre à genoux. Il le fera pour obtenir la « récompense alimentaire », à l’étage « subsistance » de son cerveau. Le mouvement sera simplement pour lui un moyen qu’il a trouvé pour obtenir quelque chose de plaisant, et son objectif sera toujours l’objet plaisant, et non le mouvement.
De toute façon, le cheval ne perçoit pas une relation de cause à effet dans la récompense. En effet, son cerveau n’atteint jamais cette notion de causalité. Il atteint seulement la notion de « contiguïté », c’est-à-dire qu’il ressent que deux phénomènes sont toujours associés l’un à l’autre, mais sans que l’un provoque l’autre.
C’est pourquoi le procédé n’est pas recommandé en équitation, car les mouvements obtenus seront assez rigides, mal reliés les uns aux autres, ce qui, en spectacle, permet parfois d’obtenir des « effets intéressants », mais qui, en reprise de dressage, vous vaudrait à coup sûr une note inférieure à cinq ! De plus, on ne maîtrise pas toujours les « envies » du cheval, et j’ai connu une cavalière qui avait appris au sien les changements de pied avec des récompenses au sucres, et, dans une reprise, de temps en temps, il lui sortait brusquement un festival de changements de pied absolument imprévisible !
Donc, en équitation, la meilleure récompense, qui devra, pour être efficace, intervenir dans la seconde même suivant le mouvement, sera la « jouissance fonctionnelle » . Elle concerne uniquement le mouvement exécuté, et n’introduit pas de « désirs » parasites. Le mouvement reste souple et perfectionnable, puisqu’il est son propre objectif.
Comment obtenir cette « jouissance fonctionnelle » ? Il faut que, dès que le cheval a exécuté son mouvement, il ressente un « bien-être » faisant suite à la légère gène que lui causait les aides employées par le cavalier pour obtenir ce mouvement, foulée par foulée. Cette disparition de la gène, il ne la ressentira que si, à chaque geste qu’il fera dans le sens souhaité par le cavalier, celui-ci cesse immédiatement de lui faire ressentir cette gène, c’est-à-dire que le cavalier cède. C’est pourquoi, savoir céder, non pas à la fin du mouvement demandé, mais à la fin de chaque geste de ce mouvement, est le grand secret de la bonne équitation, la meilleure « récompense » adaptée à la légèreté que nous recherchons.
Les autres récompenses, la voix, les caresses, le sucre, le repos, peuvent ensuite, mais ensuite seulement jouer un rôle positif en créant « l’ambiance » agréable qui aura entouré le travail, mais sans être ciblée directement sur un mouvement, simplement en renforçant la bonne relation qui doit exister entre le cavalier et son cheval.
Si cette bonne ambiance est crée avant la demande du mouvement souhaité, elle pourra contribuer à faciliter celui-ci, en « encourageant » le cheval. En effet, la différence entre récompense et encouragement est que l’une intervient juste après le mouvement et renforce l’apprentissage alors que l’autre doit se produire avant et sert à faciliter l’apparition du mouvement.
Mais, pour terminer, insistons sur le fait que, si le cavalier ne cède pas de ses trois aides (assiette, jambes, mains) à chaque geste, rien d’autre ne peut faire savoir au cheval qu’il a effectué le bon geste, puisque la gènes des aides persiste. C’est donc bien « céder » qui constitue la récompense absolument indispensable pour renforcer l’apprentissage de tous les mouvements que l’on peut souhaiter obtenir d’un cheval.

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Article paru dans le magazine « Cheval Loisirs », le 22 avril 2000.

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